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Perspectives de production de SAF en Europe – partie 2

Article par PMP Strategy et Frontier Economics

Pour inciter l’investissement privé dans les capacités de production SAF, l’Union Européenne doit maintenant se porter garante de la stabilité règlementaire

Les mandats SAF créent une demande, mais l’investissement privé ne suivra qu’à condition de pouvoir crédibiliser des revenus de long terme et de maîtriser les risques, soit par la contractualisation, soit la conviction que la demande est inscrite dans le temps naturellement. Dans une Europe budgétairement contrainte, la stabilité réglementaire, les standards de traçabilité et la mobilisation d’un écosystème industriel élargi deviennent déterminants.

La trajectoire européenne pour l’intégration des carburants d’aviation durables (SAF) est désormais fixée : 2% en 2025, 6% en 2030, 70% en 2050. L’enjeu n’est plus de démontrer la pertinence du SAF, ni même d’en imposer le principe. L’enjeu est de transformer une obligation réglementaire en pipeline de projets industrialisables — donc finançables.

Les ordres de grandeur sont tels que l’équation ne peut pas reposer principalement sur le financement public. Construire les capacités manquantes pour satisfaire le mandat 2030 sans dépendre d’importations supposerait des investissements se comptant en dizaines de milliards d’euros, avec un ordre de grandeur supérieur à 20 Md€. Dans ce contexte, la question devient : comment déclencher un effet de levier maximal sur les capitaux privés ?

1) La bancabilité, condition d’entrée du capital privé

La réalité financière est simple : les capitaux privés se déploient lorsque le couple risque/rendement est lisible et contractualisable sur la durée. Or les projets SAF cumulent des risques d’intrants, de construction, de performance, de demande, de prix, ainsi que des risques réglementaires et méthodologiques. Cette accumulation rend leur profil difficile à financer dans les cadres d’investissement les plus “standards”.

Les premiers projets supportent un désavantage du pionnier : incertitudes multiples, coûts de structuration élevés, absence de benchmarks, prime de risque. Les projets suivants bénéficient ensuite d’un marché plus mature, d’un apprentissage industriel et d’une baisse progressive des coûts. La difficulté n’est donc pas de “trouver du capital”, mais de transformer un projet SAF en actif suffisamment robuste pour qu’un investisseur puisse le porter sur la durée.

2) Le rôle des pouvoirs publics : catalyser, standardiser, stabiliser

Si les pouvoirs publics souhaitent maintenir leurs objectifs, ils doivent désormais assumer un rôle de catalyseur. Dans une Europe budgétairement contrainte, l’efficacité de l’action publique dépend moins du volume de subventions que de sa capacité à créer un cadre permettant un effet de levier maximal sur les capitaux privés.

Quatre leviers se complètent : (1) soutien financier ciblé à des projets individuels (subventions, prêts, fonds), utile pour dérisquer des maillons spécifiques ; (2) mandats (ReFuelEU) créant une demande contrainte ; (3) outils carbone (taxes, quotas, compensation type EU ETS, ou CORSIA déjà mis en place par le secteur etc.) modifiant le prix relatif entre carburants fossiles et alternatives bas-carbone ; (4) consolidation et généralisation des mécanismes de traçabilité et d’allocation des attributs environnementaux (book-and-claim), permettant de dissocier le flux physique du carburant et ses attributs via des certificats, et donc d’éviter la reconstruction systématique d’infrastructures dédiées lorsqu’elle n’est pas nécessaire. Des méthodologies harmonisées, registres robustes, audit, prévention du double comptage restent indispensables afin de soutenir un passage à l’échelle crédible.

Au-delà de ces leviers, une condition surplombe les autres : la stabilité. Il ne s’agit pas d’immobilisme, mais de prévisibilité : calendrier clair, définitions et critères d’éligibilité stabilisés, modalités de preuve et d’audit consolidées, articulation cohérente avec les dispositifs carbone, trajectoires connues d’évolution des exigences. L’incertitude réglementaire renchérit les projets, accroît le coût du capital, et retarde les décisions d’investissement.

3) Le rôle des industriels : sécuriser la demande et structurer la chaîne au-delà de l’aéroport

La mobilisation du capital privé dépendra in fine de la capacité des acteurs industriels à sécuriser les revenus futurs, notamment via des contrats d’achat de long terme. Sans volumes contractualisés, les projets restent exposés à un risque de demande difficilement finançable.

Au-delà des compagnies aériennes et des aéroports, l’accélération du SAF dépend d’un écosystème industriel plus large. Les acteurs historiques de la chaîne kérosène — raffineurs, énergéticiens, traders, opérateurs de stockage, de logistique et d’avitaillement — sont en position de transformer leurs opérations, de développer des capacités SAF, et de déployer des infrastructures de blending et de distribution qui réduisent les risques d’exécution et les frictions de marché. Parallèlement, des acheteurs industriels hors aviation peuvent jouer un rôle croissant en se portant acquéreurs de volumes SAF, en garantissant des volumes minimums ou en contribuant au financement de projets, notamment pour répondre à leurs enjeux d’émissions Scope 3 (voyages d’affaires, fret, chaîne d’approvisionnement).

Des mécanismes de certificats via book-and-claim, encore à consolider et à harmoniser, permettent précisément à ces acteurs de soutenir la production de SAF même lorsque l’accès physique n’est pas disponible, en évitant des reconstructions d’infrastructures dédiées lorsqu’elles ne sont pas nécessaires. L’enjeu, pour l’Europe, est d’organiser la crédibilité de ces engagements (contrats, registres, audit, prévention du double comptage) afin que ces acteurs — y compris des entreprises du numérique et de la logistique — puissent compléter les offtakes “aviation” et contribuer à rendre les projets durablement finançables.

Conclusion

L’Europe n’a plus à démontrer la pertinence du SAF. Elle doit désormais rendre la trajectoire industrialisable. Dans un secteur où les cycles de construction dépassent souvent six ans et où les investissements par site se comptent en centaines de millions, la réussite dépend de la capacité à rendre les projets finançables, à mobiliser le capital privé, et à réduire les primes de risque inutiles.

Dans une Europe budgétairement contrainte, la priorité devrait être claire : stabiliser les règles du jeu, consolider les standards de traçabilité, sécuriser des contrats long terme, et orchestrer des mécanismes économiques qui transforment une obligation en infrastructure productive.

Auteurs :

Sébastien Charbonnel, Associate Partner chez PMP Strategy

Sébastien Charbonnel est Associate Partner chez PMP Strategy, au sein de l’équipe Transport & Energie. Sébastien accompagne notamment les acteurs du secteur de l’aviation et aéroportuaires, ainsi que des fonds d’investissements, d’infrastructure et Private Equity, actifs dans les secteurs du transport et de l’énergie. Il intervient régulièrement sur des problématiques de stratégie de développement, stratégie d’investissement, amélioration des opérations, réorganisations, ou dans le cadre de due diligence stratégiques et commerciales.

Lionel Chapelet, Partner chez PMP Strategy

Lionel Chapelet est Partner chez PMP Strategy, au sein de l’équipe Transport & Energie. Lionel accompagne notamment les acteurs du secteur ferroviaire et aéroportuaire, ainsi que des fonds d’investissements, d’infrastructure et Private Equity, actifs dans le secteur des transports. Il intervient régulièrement sur des problématiques de stratégie de développement, stratégie d’investissement, réorganisation de modèles économiques et opérationnels, ou dans le cadre de due diligence stratégiques et commerciales.

Catherine Galano, Executive Director chez Frontier Economics

Catherine Galano est Executive Director chez Frontier Economics et dirige les activités du cabinet en France.  Elle conseille des acteurs français et européens sur des questions de stratégie, régulation et politiques publiques, en particulier dans le secteur de l’énergie et des transports. Entre autres, Catherine Galano travaille sur des problématiques de design du marché, de tarification de l’accès aux infrastructures, de concurrence, d’achat et de vente d’actifs, et d’évaluations de politiques publiques.

Stefan Rohm, Senior Principal chez Frontier Economics

Stefan Rohm est Senior Principal chez Frontier Economics.  Il conseille des opérateurs, des investisseurs ou des autorités publiques sur l’ensemble des aspects économiques liés aux secteurs d’infrastructures essentielles, dont la régulation économique, le financement des infrastructures et la stratégie commerciale. Dans ce contexte, Stefan Rohm accompagne ses clients notamment sur les défis futurs auxquels sont confrontés les infrastructures, dont la transition énergétique, l’autonomie stratégique et la résilience.

À propos de PMP Strategy

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