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Etude sur le modèle économique de l’information en France pour l’Arcom et la DGMIC

Article publié dans Les Échos, le 19 janvier 2026, par Fabio Benedetti Valentini

Selon une étude du régulateur de l’audiovisuel et du ministère de la Culture, les sources de revenus des médias français sont « en baisse ou menacés » alors que les géants de la tech captent la majorité des ressources publicitaires numériques. Martin Ajdari, le président de l’Arcom, alerte sur les multiples risques que cela pose pour le pluralisme et la confiance du public.

La production de l’information coûte 2,9 milliards d’euros par an en France. (Photo Ayoub Benkarroum/REA)

Revenus publicitaires captés par les géants de la tech, coups de ciseaux budgétaires pour l’audiovisuel public, irruption de l’IA et multiplication des fake news… Les vents soufflent de plus en plus rudement sur les médias qui informent les Français, à tel point que l’Arcom émet son avis de tempête.

Le régulateur de l’audiovisuel, en collaboration avec la Direction générale des affaires culturelles du ministère de la Culture qui supervise le secteur de la presse et le cabinet PMP, a préparé une étude qui illustre l’ampleur des défis économiques des médias d’information, publics et privés.

La production de l’info coûte 2,9 milliards d’euros par an en France (hors impression-distribution de journaux, France Médias Monde et INA), selon cette étude qui note aussi une hausse de 4 % sur 2022-2024, surtout à cause de l’inflation des prix de l’énergie et autres frais (reportages sur le terrain, etc.) tandis que (sans surprise) la majorité des dépenses est en masse salariale.

Le contexte « risque de saper la confiance de l’opinion publique »

Problème : les trois principales sources de revenus – publicité, abonnements et crédits pour l’audiovisuel public – sont « en baisse ou menacées », lit-on dans ce document. Si les grandes chaînes généralistes privées (TF1 et M6) sont largement rentables et que les performances économiques varient selon le type de rédaction, au total 56 % des médias sondés étaient déficitaires en 2024.

« Le pluralisme, l’honnêteté et la rigueur de l’information sont en danger parce qu’elles reposent sur des interventions humaines et ont un coût, alors que les médias qui portent ces fonctions essentielles dans le débat démocratique subissent des tensions économiques et technologiques inédites », prévient Martin Ajdari, le président de l’Arcom, dans un entretien aux « Echos ». « En fragilisant encore plus le modèle des médias qui produisent une information vérifiée de qualité, ce contexte risque en plus de saper la confiance de l’opinion publique à leur égard », poursuit-il.

Dans le même temps, le projet de PLF prévoit une baisse de – 71 millions des crédits à l’audiovisuel public. Alors que ce chiffrage pourrait encore évoluer, Martin Ajdari rappelle qu’« afin de jouer son rôle essentiel pour le pluralisme, l’audiovisuel public doit disposer de financements adaptés à ses missions ».

Irruption de ChatGPT

Autre point d’attention : l’IA. Compte tenu des bouleversements provoqués par ChatGPT et consorts, les médias sont aussi contraints à investir pour s’adapter. Alors que les Gafam captent désormais 82 % des investissements publicitaires numériques, les plus petits médias indépendants, en particulier en région, paraissent les plus exposés.

« Le cadre réglementaire favorise une fuite de la ressource publicitaire vers les plateformes algorithmiques qui affaiblit les médias éditoriaux, ce phénomène inédit de bascule appelle une mise à jour très large du corpus réglementaire », soutient Martin Ajdari. Membre du Media Board à Bruxelles, l’Arcom participe notamment à préparer les contributions destinées à la Commission européenne, qui s’est engagée à une révision de la directive sur les Services de médias audiovisuels (SMA).

Parmi les enjeux clés, il y a la visibilité des chaînes et radios nationales dans les environnements connectés et plus globalement l’harmonisation et l’équité des règles entre médias éditorialisés, plateformes et influenceurs. En outre, le régulateur prépare un livre blanc sur la TNT, qui sera publié début 2027.

En parallèle, le gouvernement français doit transposer en droit français un autre texte européen qui confère à l’Arcom le contrôle sur les concentrations plurimédias. Sur ce point, l’étude montre que neuf groupes privés et publics représentent près de deux tiers des coûts de l’info. Et le ministère de la Culture étudie également une évolution des règles sur les secteurs interdits à la publicité à la télévision. Un enjeu assez vital pour les chaînes.

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