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Les assureurs face au casse-tête du véhicule connecté

La mobilité est en train de connaître une des transformations les plus importantes de son histoire. L’encombrement croissant de la circulation par des véhicules à carburant fossile impacte négativement le PIB de certains pays⁰ et le transport routier compte pour plus de 20 %¹ des émissions de dioxyde de carbone au niveau mondial, mettant ainsi une pression croissante sur cette industrie. Conjointement, suite aux politiques de réduction de l’espace public réservé à ces véhicules, les comportements et les pratiques de mobilité évoluent : utilisation croissante de VTC, partage de véhicules en flotte (Moov’in, Free2move), covoiturage (Blablacar) et location de voiture entre particuliers (Drivy, OuiCar). D’après une étude de Transdev, la part des dépenses pour les véhicules partagés ou loués dans les charges de transport des ménages devrait passer de 1 % à 33 % d’ici à 2050. Enfin, les nouveaux véhicules deviennent de véritables centres de données exploitables à la fois par les constructeurs et les assureurs : 16 millions de polices d’assurance de véhicules connectés (usage-based insurance) sont prévues en France en 2030 (pour mémoire, le parc français aujourd’hui compte 52 millions de voitures immatriculées dont 39,37 millions effectivement en circulation²).

 Dans ce nouveau contexte, les assureurs vont devoir s’adapter à l’évolution de la matière assurable (du véhicule à la mobilité), du risque et de leurs clients (de l’individu ou de l’entreprise, à l’opérateur de mobilité ou aux opérateurs d’infrastructure).

Du fait des évolutions de la consommation, de l’accès à l’information et des évolutions législatives (ex : la loi Hamon qui permet de résilier plus facilement son contrat d’assurance) il est important pour les assureurs de placer le client au cœur de leur stratégie afin de le fidéliser. Cela consiste à multiplier les points de contact avec les assurés et à adapter la distribution et la relation client à ces nouveaux modes de consommation (souscription en ligne, utilisation du mobile, parcours client simple et intuitif …). Le principal risque pour les assureurs est de perdre cette relation avec leurs clients aux profits des opérateurs de mobilité et voir leur marge diminuer.

Par ailleurs, il devient essentiel de développer les compétences nécessaires à la collecte et à l’exploitation des données de mobilité pour optimiser la chaine de valeur et offrir de nouvelles offres et services. En effet, l’accès à une donnée plus fine permet d’optimiser la connaissance client et la tarification, de réduire la fraude, d’améliorer la gestion du sinistre et de mieux prévenir le risque en développant notamment des outils de maintenance prédictive.

Aussi, la technologie embarquée dans les voitures ouvre de nouvelles manières de consommer l’assurance. De nombreux acteurs tels que Groupama, Allianz ou Amaguiz ont développé des offres dites de pay how you drive (PHYD) permettant d’évaluer le comportement au volant du conducteur, grâce à un boitier GPS branché sur la prise OBD, et d’appliquer une réduction de prime en cas de bonne conduite. L’assurance à la demande est également en développement : deux ans après avoir lancé la première offre pay when you drive (PWYD), la start-up Wilov, qui cible les automobilistes roulants occasionnellement, a levé 3,2 millions d’euros en avril et ambitionne de dépasser les 100.000 clients dans les trois prochaines années⁴.

Enfin, il devient urgent de traiter les questions de la propriété des données générées par le véhicule et de la responsabilité en cas d’accident. Les assureurs, avec les constructeurs automobiles, les développeurs et les régulateurs doivent travailler de concert afin de répondre à ces interrogations et de définir des règles communes. En outre, les dispositifs numériques du véhicule concernant désormais des composantes stratégiques telles que la direction, le freinage et la vitesse, il est vital de considérer le cyber-risque comme l’enjeu clé des nouvelles mobilités.

Les assureurs sont confrontés à une remise en question de leur business model historique et doivent rapidement s’adapter à ces nouveaux usages pour faire face aux pure players qui répondent aux besoins d’instantanéité et d’omnicanalité des clients actuels et à venir. L’une des réponses que l’on voit émerger sur le marché est l’api-sation croissante de leurs systèmes d’informations, ce qui leur permet d’enrichir leurs offres de services supplémentaires pour s’adapter aux nouveaux usages mais aussi de fournir leurs propres solutions aux opérateurs de mobilité qui sont à la recherche de l’offre la plus rapide et flexible à intégrer dans leurs solutions.

 

⁰ Ptolemus UI Report

¹ Europarl

² AAA Data

⁴ L’argus de l’assurance

Rhalid Bouakhris, consultant senior

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